Spiritualité de la Doctrine Chrétienne au fil de l’Histoire : Juillet 2010
Spiritualité : expérience de Dieu en Eglise, sur le fondement des Ecritures. Chemin et méthode individuelle ou collective, elle peut donner naissance à des “familles spirituelles”.
Nous sommes rassemblées dans la salle Pauline de Faillonnet. Notre “deuxième fondatrice” nous regarde avec bienveillance du haut de son portrait.
L’ambiance est studieuse mais pas morose. Parfois, quelques mots ou quelques rires fusent, contagieux ! ce sont les sœurs venues en Europe pour le séminaire international qui donnent le ton. Face à nous, sur le mur, le Père Bombardier a projeté une carte de l’Europe qui matérialise la densité de la pratique religieuse à l’époque de nos débuts. Nous entrons ainsi dans le temps et dans l’espace.
Au 17e siècle, la tâche est difficile pour l’Eglise. Il s’agit d’appliquer les décisions du concile de Trente qui se termine en 1563 et, en particulier, la Réforme Catholique, dans un contexte de conflits et de guerres. Celle de Trente ans (1618-1648) qui se prolonge en Lorraine, laisse celle-ci exsangue. Il faut tout reconstruire. Les familles religieuses s’y emploient : Jésuites à l’université de Pont à Mousson, Franciscains et Capucins, Lazaristes au séminaire de Toul, et aussi tous les curés des villages, au zèle inlassable.
Dans l’effort et l’ardeur, les choses se mettent en place quand surgit un obstacle : le Jansénisme. Le Père Vatelot (1688-1748) né à Bruley, connaît, bien entendu, les prêtres des villages avoisinants : Varnerot, Gueldé des Lauriers, de l’Aigle...qui deviendront jansénistes à des degrés divers. Le Père Vatelot, lui (le P. Bombardier insiste sur ce point) garde sa liberté intérieure. Sacristain de la grande sacristie de la cathédrale de Toul (1713) il est chargé, par l’évêque, d’organiser les “petites Ecoles” du diocèse. C’est pourquoi, la nécessité de traités de pédagogie et de spiritualité s’impose : Petites méditations, Méthode familière, Règlement. La maîtresse d’école voit définir sa mission qui la rend conforme à Jésus Christ, maître et Serviteur. La cinquième méditation présente Jésus, lavant les pieds de ses disciples, comme le modèle évangélique d’une “vatelotte”.
L’événement de la Révolution française (1789) bouleverse tout, à nouveau, et l’Eglise redevient un désert. Quatre cinquième des prêtres ont disparu, certains ont signé la constitution civile du clergé qui fait d’eux des fonctionnaires. Heureusement, Napoléon, comprenant l’utilité des ordres religieux, leur permet de se regrouper et de revivre. C’est le cas pour nous en 1804, dans l’actuelle Maison Mère.
Deux figures, deux personnalités permettent à la Congrégation de se ressaisir et de prendre son essor : Mère Pauline de Faillonnet (1778-1856) et le Père Mougenot (1790-1857). En parallèle avec les écrits du 18e siècle, ils créent une œuvre commune : Directoire des novices, Constitutions et Directoire spirituel des sœurs de la Doctrine Chrétienne, Entretiens familiers, traités pédagogiques... la liste est longue.
L’expansion de l’Institut touche la Belgique (1833), le Luxembourg (1840), l’Algérie (1841)...
Les événements et le changement des mentalités favorisent la diffusion du modernisme et du scientisme qui obscurcissent la fin du 19e siècle et les débuts du 20e. L’Eglise est persécutée de telle sorte qu’on aboutit à la séparation des Eglises et de l’Etat, en France, en 1905. Les religieuses doivent fuir, ou trouver d’autres modes de présence. Çà et là, malgré tout, éclosent quelques fervents lieux de conversion.
La lente remontée se fera jusqu’aux deux guerres mondiales. Le Concile Vatican II (1962-1965) est reçu comme une espérance.
En ce qui concerne nos texte récents, les Annales de 1952 et 1958, les Constitutions de 1984 et les actes de 1994, ils nous invitent “à pénétrer davantage dans l’âme du Christ et de l’Evangile.”
Le 2e jour, nous utilisons le livre qui nous a été remis par sœur Maria lors de l’Eucharistie du 19 juillet.
“Adorer et considérer” (p.13-14). L’ad-oration nous fait aller vers l’Autre, vers sa bouche, selon l’éthymologie du mot. Nous considérons son Amour, incompréhensible pour nous...
C’est un théocentrisme absolu qui nous place dans l’histoire du Salut. Ce sont donc des pages où saint Paul est partout présent.
Nous contemplons Dieu dans son action pour le contempler dans notre propre vie, nous sommes préparées à l’œuvre de Dieu à laquelle nous participons (p. 16-17). C’est ainsi que notre intériorité se christianise, si nous fuyons agitation et impatience (p.22), mais la joie, fruit du silence, ne nous trompe pas !
Nous devenons ainsi des créatures nouvelles, sauvées par grâce (Epître aux Romains, 2e aux Corinthiens) capables d’adorer “en esprit et en vérité” (St Jean ch.4). Saint Bernard, jouant avec le mot “formé” écrit que nous sommes déformés, puis réformés, transformés et conformés au Christ. Alors, notre lien avec lui devient sponsal (p.23-24-25) grâce à l’Esprit Saint que le Père Mougenot appelle joliment “le bon plaisir de Dieu” . La fréquentation douce et appliquée de la Vierge Marie ajoute sa touche subtile dans notre transformation (p.33).
“Dieu est Esprit et ceux qui adorent, c’est en esprit et en vérité qu’ils doivent adorer” (St Jean 4,24)
Après lecture de cette synthèse, nous pouvons constater que cette session fut riche en découvertes, en approfondissements et en partages.
Sœur Thérèse Olry